sábado, octubre 03, 2009

Le Livre: suprême musique chez Mallarmé




Il est vrai que Wagner devient pour Mallarmé la référence privilégiée au moment de parler du Drame Moderne. Toutefois, sa conception de la musique comme « l´ensemble des rapports existant dans tout » est purement poétique. C´est pour cela que le poète rivalisera avec le musicien presque de manière obsessionnelle jusqu´à la fin de ses jours. De sa continuelle réflexion esthétique, Mallarmé tire une conclusion certaine : que la tâche principale de sa poésie doit consister à rivaliser avec la musique. Au lieu du Drame il propose « Le Livre » comme réalisation idéale. « Le Livre » représente la suprématie de la parole poétique sur la musique. C´est pourquoi beaucoup de critiques ont fait allusion à l´influence hégélienne chez Mallarmé dans le sens où le philosophe considère que la musique est un art inachevé. Je dirais, toutefois, que même si on ne peut pas nier cette affinité entre le philosophe et le poète, il convient de rappeler que pour Mallarmé le mot musique possède un double sens. Il ne s´agit uniquement d´un art du son, mais d´un art qui se rapproche de « l´Idée ». Musique et poésie sont les deux faces d´une même pièce de monnaie. La musique agit de manière intérieure, dans l´obscurité profonde de la chose. En revanche, la poésie est plus lumineuse. Comme le signale Richard, la poésie « jouerait sur l´attraction lumineuse, sur le prestige stellaire de l´esprit ». Aussi, malgré tout la musique et la poésie sont capables de nous dévoiler le mystère : « Je sais, on veut à la Musique limiter le Mystère : quand l´écrit y prétend » dit Mallarmé.Suivant les pas de Hegel en ce qui concerne la hiérarchie des arts, Mallarmé octroie un rang supérieur à la poésie, mais au contraire du philosophe il inclut d´une certaine manière, la musique dans la poésie. Sa conception de la musique s´articule en deux phases. La première phase fait référence aux sonorités élémentaires des instruments et à leur exécution concertante, la deuxième à trait à la musique qui se trouve au cœur de l´écriture poétique que seul « Le Livre » ou texte où les instruments sont muets, serait capable de récréer. Il s´agit d´une absence qui nous rend le concept pur, libre de toute contamination. Dans « Crise de Vers », il s´exprime comme suit : « Je dis une fleur ! et hors de l´oubli où une voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d´autre que les calices sus musicalement se lève, idée même et suave, l´absence de tout bouquet »En somme, dans la hiérarchie mallarméenne, la Poésie occupe une place préférentielle par rapport à la Musique. Mais il convient aussi de signaler que la musique n´est pas exclue du « Livre » rêvé, c´est-à-dire, de l´œuvre artistique qui doit remplacer selon le poète les sonorités symphoniques et le Drame. Dans « Crise des vers », il a introduit un texte sur « Le Livre » comme un instrument spirituel. L´un des passages ne laisse aucun doute sur ce qu´il entend par musique « Un solitaire tacite concert se donne, par la lecture, à l´esprit qui regagne, sur une sonorité moindre, la signification : aucun moyen mental exaltant la symphonie, ne manquera, raréfié et c´est tout-du fait de la pensée : La Poésie, proche de l´idée, est la Musique, par excellence- ne consent pas d´infériorité » A ce propos, on pourrait dire que la rupture de 1888 entre Mallarmé et René Ghil est plutôt esthétique. Certes, le poète de « Hérodiade » considérait que l´art de son collègue était incompatible avec sa propre évolution intellectuelle. Déjà quelques années auparavant Mallarmé montre son désaccord avec Ghil lorsque dans une lettre il l´accuse de se laisser guider par le langage musical : « Vous phrasez en compositeur, plutôt qu´en écrivain » lui reproche Mallarmé. En effet, les symbolistes, guidés en particulier par Ghil et Verlaine, ont jeté un pont entre le conceptualisme parnassien et la grande symphonie mallarméenne. En se servant de la musique, en particulier du modèle proposé par la mélodie infinie, ils prétendent finir avec les étroites normes de la versification classique. Cependant, Mallarmé ne partage pas dans sa totalité la phrase verlainienne « De la musique avant toute chose », soit la soumission de l´écriture à une indolence harmonique qui manque de rigueur rythmique et d´une structure solide. Mallarmé a vécu avec l´idée du « Livre » dont la musique serait plus sublime que celle des sons. L´Idée d´une union de la parole et de la musique on la retrouve aussi dans sa conférence à Oxford/Cambridge intitulée La Musique et les Lettres où il s´exprime comme suit «Je pose, à mes risques esthétiquement (…) que la Musique et les Lettres sont la face alternative ici élargie vers l´obscur ; scintillante là, avec certitude, d´un phénomène, le seul, que j´appelai l´Idée »