domingo, marzo 06, 2011

Musique et Liberté chez George Sand



Dans le cadre du 8 mars, je voudrais rendre hommage ici à George Sand rappelant son désir de liberté qu´elle associe aussi à l´activité artistique. Outre son Hiver à Majorque, George Sand a écrit d´autres textes de fiction où il est question de musique. Ainsi, Consuelo prétend être un roman musical. Sand y parvient car tous les personnages, réel ou inventés, se trouvent à l´intérieur d´un domaine où l´on réfléchit constamment sur l´art musical et sur les artistes qui l´exercent. C´est un roman épique où l´héroïne, une bohémienne, s´initie au chant dans les écoles de musique vénitiennes si admirées par Rousseau. Tout au long de ses aventures on exalte la musique, en particulier celle du XVIIIème siècle. Sand se range clairement du côté de Rousseau. La volonté de Sand de montrer une femme libre qui parcourt toute l´Europe, s´accompagne aussi d´une profonde réflexion sur la musique. La musique est une alliée de la liberté, elle peut exprimer ce que la tyrannie sociale fait taire. Ce roman a une fonction sociale car il met en question l´ordre établi. En effet, proche des utopistes, elle s´interroge sur le rôle de l´artiste dans la société, doute des frontières entre la musique sacrée et profane ainsi que sur la séparation entre l´art savant et l´art populaire. Son idéalisme politique rejoint par là son idéalisme esthétique. Ce qui est certain c´est que Sand estime que la musique a des qualités exceptionnelles, elle est le langage par excellence de l´inexprimable. Nous y retrouvons les idées que beaucoup de romantiques propagent lorsqu´ils abordent le sujet qui nous occupe. Consuelo est une artiste complète d´une sensibilité exquise qui tombe dans les extases et les ravissements. Lorsqu´elle écoute la voix d´un instrument elle est capable de vivre la musique dans un état second. Dans le passage très connu du violon d´Albert, un artiste au talent exceptionnel, la musique conduit l´héroïne à une rêverie proche du mysticisme. Les sons du violon disparaissent laissant la place des perceptions directes venant d´un autre monde : « Peu à peu Consuelo cessa d´écouter et même d´entendre le violon d´Albert. Toute son âme était attentive ; et ses sens, fermés aux perceptions directes, s´éveillaient dans un autre monde, pour guider son esprit à travers des espaces inconnus habités par des nouveaux êtres » Albert exprime aussi les effets que la musique produit dans son âme. Au-delà des paroles la musique dit ce que l´âme ressent. Albert résume en peu des mots toute la théorie romantique que Sand verse dans son roman : «Consuelo, s'écriait-il, tu connais le chemin de mon âme. Tu possèdes la puissance refusée au vulgaire, et tu la possèdes plus qu'aucun être vivant en ce monde. Tu parles le langage divin, tu sais exprimer les sentiments les plus sublimes, et communiquer les émotions puissantes de ton âme inspirée. Chante donc toujours quand tu me vois succomber. Les paroles que tu prononces dans tes chants ont peu de sens pour moi ; elles ne sont qu'un thème abrégé, une indication incomplète, sur lesquels la pensée musicale s'exerce et se développe. Je les écoute à peine ; ce que j'entends, ce qui pénètre au fond de mon coeur, c'est ta voix, c'est ton accent, c'est ton inspiration. La musique dit tout ce que l'âme rêve et pressent de plus mystérieux et de plus élevé. C'est la manifestation d'un ordre d'idées et de sentiments supérieurs à ce que la parole humaine pourrait exprimer.
C'est la révélation de l'infini ; et, quand tu chantes, je n'appartiens plus à l'humanité que par ce que l'humanité a puisé de divin et d'éternel dans le sein du Créateur. Tout ce que ta bouche me refuse de consolation et d'encouragement dans le cours ordinaire de la vie, tout ce que la tyrannie sociale défend à ton coeur de me révéler, tes chants me le rendent au centuple. Tu me communiques alors tout ton être, et mon âme te possède dans la joie et dans la douleur, dans la foi et dans la crainte ; dans le transport de l'enthousiasme et dans les langueurs de la rêverie.». Dans ce roman, Sand réussit à faire l´amalgame entre la musique raffinée et la musique populaire laquelle possède une sorte de pureté naturelle. Je dirais dirions qu´elle avance les théories modernes sur la chanson populaire en tant que miroir d´une mélodie primordiale pleine de poésie et de rêverie. A ce propos, il serait intéressant d´étudier le roman de Sand, amie aussi très proche des grands mélodistes classiques comme Liszt et Chopin, à la lumière du concept de tonalité mélodique employé par Réti dans les années soixante du XXème siècle. Dans ce cas- là, nous ne sommes pas face à un modèle rythmique-harmonique strict comme dans le cas de la tonalité harmonique classique. La musique populaire maintient une note prédominante, ce qui permet au chanteur de varier la mélodie sans perdre la notion de tonalité mélodique. Ce genre de tonalité, plus primitif et par conséquent plus proche de la nature et du chant premier, a disparu lorsque les modèles classiques se sont emparés du pouvoir suprême de la musique occidentale. En tous les cas, la musique, soit du point de vue utopique social, soit du côté de l´onirisme romantique, représente pour la romancière le sommet sublime de l´art.

No hay comentarios: